France – Irlande, vers un affrontement conforme ?
[ Billet publié initialement chez Up and Under] Que
proposerons nous ? Un défi physique encore plus intense, une nouvelle
version calendaire des rugueux du stade ? N’est-ce pas le moment de
montrer que nous avons tiré les enseignements des premières salves
sudistes, que nous sommes aussi capables de tactique au pied, de
varier, de créer du jeu, de pratiquer le tango argentin ? Perdre contre
les pumas n’était pas mauvaise chair. Jouer les blacks est la promesse
d’un fabuleux banquet qu’il ne sera possible d’honorer qu’à condition
de s’attabler au festin irlandais avec de nouvelles manières. Et on a
de quoi gueuletonner, non ?
Je désespère de trouver quelque part un papier qui analyserait un tant
soit peu la stratégie des équipes de rugby actuelles. Sommes nous
réellement victimes d’une footimisation complète de ce sport
au point que la presse ne soit plus capable de donner aux spectateurs
les clés d’un examen approfondi du jeu, de ses fondamentaux tactiques
et de ses objectifs ? Où sont les alchimistes ? Même Pierre Villepreux
dans sa dernière chronique
semble s’être assis sur le registre émotionnel alignant les poncifs sur
« l’engagement dans le combat », effleurant la « rupture avec le moule
tactique européen du haut niveau » sans jamais l’autopsier, à court
d’arguments, piétiné à son tour par la chabalerie galopante. Quel moule
tactique européen et quel moule sudiste ?
Sur les ingrédients et ustensiles
Du
sud on connaît les ingrédients essentiels qui reposent comme la bonne
pâte sur une organisation en cuisine imparable : les joueurs sont payés
par leur fédération et non par les clubs. En Europe, Clive Woodward est
partisan de la révolution des structures et d’un profond remaniement de
l’encadrement, seule issue pour nous mettre au niveau de l’autre
hémisphère qui offre à ses joueurs un cadre unique de préparation
totalement orienté vers le gain de cette Coupe du Monde. Dans une interview à Metro,
Max Guazzini, qui salarie 13 membres de l’Equipe de France, appuie
cette refonte du rugby mondial. Elle sonnerait l’heure du retour au
potager, de la fin des jachères de notre rugby de campagne. On pourrait
même faire du bio : des corps sains et des esprits libres (toujours pas
de contrôles anti-dopage, à ce propos ? ).
J’ai même envie de
pilonner l’utopie, en imaginant que les 17 contrats pub du coach
reviennent au pot commun, idem pour une part de ceux des sélectionnés
fédéraux. On jouerait COLECTIF, quoi !
La décision de l’IRB de
réduire les équipes de 20 à 16 participants pour la Coupe du Monde 2011
est dans ce sens une apostasie (une pétition est déjà en ligne).
Sur la recette
La
victoire des anglais en 2003 nous a complètement fait revoir le menu :
défense, défense, défense et pousse-devant sinon tu seras privé
d’essai. Cette vision qui prévalait lors de la précédente édition
semble pourtant révolue. Certes, il fallait combler un manque sur le
défi physique, mais à quel prix ? Le rugby français des années 80 est
bien loin : le premier centre n’est plus qu’un gros plaqueur et
l’ouvreur n’a plus le droit que de la fermer. Je vous invite à faire
un tour sur le blog Rugby Hémisphère Sud qui voit très juste,
je ne vais pas le paraphraser. Dans l’Equipe du jour, également, en
dernière page, Bénézech, Barnes et Murray soulignent notre perte
d’imagination, l’oubli de cette fameuse ligne d’avantage.
Contre le fighting spirit irlandais

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